Afrique: Du format à la spontanéité

Rebecca Tickle

Rebecca Tickle

« L’arme la plus puissante dans les mains des oppresseurs, est la mentalité des opprimés » disait Steve Biko.

En Afrique, les oppresseurs ont cultivé la division avec application, à l’aide de sous-fifres locaux bien conditionnés et corrompus, pour maintenir les sociétés qu’ils contrôlent, dans la haine et par conséquent dans l’impossibilité de s’organiser efficacement, donc de s’émanciper et se développer.

La France a fait de même dans toute l’Afrique francophone, capitalisant sa stratégie avec l’impact dévastateur à lui seul, du Traité de Berlin de 1885, avec le découpage arbitraire de l’Afrique au mépris de la cohésion sociale inter-ethnique préexistante.

Néanmoins, pour ne pas laisser le champ libre à un bouc-émissariat ponce-pilatiste, il serait réaliste de dépasser la vision d’une victimisation qui, somme toute devient paralysante et complète la destruction d’un peuple par son autodestruction.

Les solutions de survie germeront dans la maîtrise de cette autodestruction par le peuple africain, qu’elle soit avérée ou probable. De prendre à bras le corps en tout premier le phénomène de la non-conscience de son pouvoir intrinsèque, force qui est au coeur de la stratégie autoritariste et destructrice du colon, anime déjà de nombreux esprits.

Hannah Arendt, philosophe politique allemande et juive, avait écrit dans « Les origines du totalitarisme », se référant aux régimes autoritaires de son époque (Staline et Hitler notamment), que « l’objectif du système totalitaire n’est pas tant l’extermination physique des
hommes, que l’instauration de conditions d’existence telles que être ou ne pas être ne fasse rigoureusement plus aucune différence : les [détenus] doivent être maintenus dans un espace entre la vie et la mort où tout se passe comme s’ils n’existaient déjà plus. »

Le colonialisme, economico-historique de l’esclavage, est la forme la plus pernicieuse aujourd’hui du totalitarisme tel que décrit dans l’oeuvre de Arendt. Elle explique notamment comment un tel régime détruit les structures sociales, associatives et même familiales qui constituent une barrière pour l’individu contre la domination du système dans lequel il vit. Sa fonction économique est secondaire, le sentiment de solidarité face à des intérêts communs disparaît et il devient parfaitement superflu. Mme Arendt décrit aussi comment les camps de concentration nazis ont réussi une domination totale sur l’Homme. Un monde où l’être humain est transformé en un individu conditionné et dont on peut prévoir la moindre réaction.

L’esclavage d’abord, le colonialisme et le néocolonialisme aujourdhui, ont contribué au formatage d’un être humain sans droits, sans dignité humaine et sans la moindre valeur aux yeux de qui le regarde. Ce n’est pas lui qui intéresse l’oppresseur, le colon. Seules les ressources naturelles, essentielles à sa survie métropolitaine, sont importantes pour lui. Le reste n’est que pécadille.

Aujourd’hui, il n’y a que la conscience que cette construction de l’humain n’est qu’un leurre qui peut libérer l’Homme de la chosification qui le condamne à une estime inexistante de sa personne. Le fouet, le mépris, la négation, la force de persuasion qui le transforme en nullité permanente font que l’Homme africain aujourd’hui se voit comme nul, incapable, méprisable à outrance, sans passé, sans avenir, éternellement à la merci de son « maître ».

C’est ainsi que quand le « maître » lui donne l’occasion d’exercer la moindre once de pouvoir sur ses congénères, conditionné comme un automate, il martyrise les siens au fouet, à la machette ou à l’AK47 que son « maître » lui aura bien sûr mis dans les mains et qu’il maniera avec dextérité, comme il a toujours vu son « maître » le faire. La haine de lui-meme et de l’autre. Dans son esprit, il est lui-même devenu maître, régnant à son tour sur des êtres formatés, méprisables et nuls.

Une abomination de cynisme et de calcul méticuleux de la part d’un oppresseur qui se croit éternellement omnipotent, évoluant en permanence dans une impunité qu’il maîtrise au doigt et à l’oeil, et dont il transmet le modèle en s’engouffrant dans les faiblesses naturelles de l’Humain.

Pourtant, la seul chose sur terre qui ne change jamais, c’est le mouvement de la roue du temps et de l’histoire qui tourne. L’évolution naturelle de l’humanité est faite de spontanéité, quelque soit le format de l’environnement qui l’entoure. Tout n’est pas contrôlable.

Aujourd’hui en Afrique et dans la diaspora, les consciences se réveillent lentement et parfois péniblement, comme au sortir d’une longue et lourde narcose. Les soubresauts du réveil sont irréguliers et peuplés de cauchemars et de séquelles pathogènes. L’oppresseur accentue sa pression profondément toxique, sent le magot lui glisser des mains. Il panique par moment, mais continue à s’engouffrer dans la moindre faille qui s’offre à lui. Il allume des incendies, jongle avec les extincteurs, adroitement pense-t-il.

La roue continue de tourner, dans le grincement de sa rigidité. Mais elle tourne.

Les martyrs sont là et veillent. Grâce à eux, on sait que les alternatives existent et aussi pourquoi on veut les détruire. Um Nyobè, Patrice Lumumba, Kwame N’Krumah, Ernest Ouandié, Amilcar Cabral, Thomas Sankara et tant d’autres, ont laissé des traces indélébiles. On a voulu les éliminer, sans savoir qu’un martyr maintiendra vivant pour l’éternité, le souffle d’espoir que l’oppresseur voudrait tant voir mourir.

On a aussi oublié que la pensée de l’humain est malgré tout inviolable et que tôt ou tard il réclamera, et arrachera, son droit au droit.

Dans les soubresauts parfois très douloureux de l’Histoire de l’humanité, des lueurs d’espoirs jaillissent parfois. Ces fameux cauchemars pourtant, peuplés de sang chaud et de machettes, essaient d’annihiler ces éclairs. Mais trop tard, ils ont transpercé les esprits et s’appuient invariablement sur la quête de l’Homme d’un monde meilleur. Les prédateurs sont nombreux et multiformes. Ils se croient malins et invincibles.

Mais certaines choses ne se maîtrisent pas. Et surtout tout a un début et une fin.
La roue tourne, inexorablement.

« On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. »

Abraham Lincoln nous a laissé là un bel héritage qui indique à quel point l’espoir est toujours permis, et qu’il est même logique et obligatoire. Il nous laisse aussi l’assurance de la force implacable de l’Homme devant l’adversité et sa capacité invariable d’inventer un consensus, vaille que vaille.

« Quelque soit la longueur de la nuit, le jour finit toujours par se lever. » — Anonyme

Rebecca Tickle

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L’émoi de Mariam Touré pour les victimes Kenyannes

KENYA

Les victimes Kenyannes

En me réveillant ce matin, j’avais espoir qu’en dépit du monde instable dans lequel nous vivions, cette journée serait normale, sans mauvaises nouvelles ni mort.
Quand j’ouvris mon Facebook, la première chose que je vis, fût le lien d’un article de presse sur la mort de ces 147 étudiants au Kenya.
Je ne puis m’empêcher de me sentir concernée par un tel drame.
Je ne puis m’empêcher de penser à la peur qu’ils ressentaient emprisonnés avec ces monstres.
Je ne puis m’empêcher de sentir la douleur de ces familles endeuillées.
Je ne puis rester indifférente parce que tout simplement, je suis étudiante et que ça aurait pu être moi.
J’aurais pu compter parmi ses victimes,
J’aurais pu périr dans le temple de l’éducation.
J’aurais pu mourir en faisant quelque chose qui est censée me faire vivre dans le futur: qu’elle ironie!
Tués par des incultes qui n’ont rien compris à la religion,
Tués par des barbares qui ne connaissent pas la valeur du savoir,
Tués par des ignares……
Une partie de moi s’en est allée avec ces 147 encres asséchées!

Mariam Touré

#Centrafrique: M. G. Douba et M. O. Douaclé Ketté interpellent C.S Panza sur le Forum de Bangui

Gervais Douba

Gervais Douba

Orphée Douacle Kette

Orphée Douacle Kette

LETTRE OUVERTE

A
S.E
Madame Catherine Samba-Panza
Présidente de Transition de la République Centrafricaine
Palais de la Renaissance
Bangui
RCA

Excellence Madame la Présidente de la République,

L’honneur patriotique nous échoit de vous adresser cette lettre au titre de contribution à la reconstruction de notre patrie la RCA. Votre Excellence vient de rendre public le décret convoquant le forum de la « Réconciliation Nationale ».
Il se trouve qu’à son analyse, ce texte semble assimiler l’indispensable et nécessaire réconciliation à un « marché aux bétails » du point de vue philosophie politique.

Ce décret est le fruit – sans nous tromper – d’une concertation entre la Présidente de la Transition, son gouvernement, le CNT et les autres entités ; parties prenantes à cette future concertation.

Madame la Présidente, quand on s’appuie sur les facteurs et acteurs, vecteurs des traumatismes inouïs dont ont souffert les « sans voix », les polytraumatisés, les handicapés et autres invalides, qui ont survécu aux atrocités ; Quand on se rappelle, que ces événements ont occasionné des milliers de morts sans sépultures, endeuillé de milliers de familles, fabriqué des orphelins. Nous sommes au regret de constater, qu’il y a absence totale de manifestation d’une once d’altérité et d’empathie vis-à-vis de ces blessés de l’histoire de Centrafrique. Les réactions suscitées par votre décret et l’exploitation vénale qui est en filigrane, incite à la révolte et à l’indignation.

Cette révolte et cette indignation, Madame la Présidente, trouve son origine dans le concept choisi comme cadre de traitement du malaise et du mal être : le « forum ». Le forum en tant que réalité et concept cache d’une part, les ressorts invisibles de l’orientation politique, que les institutions de la Transition veulent impulser ; le projet du genre et type de société que vous portez est touffus, confus et diffus.
D’autre part, que les institutions de la transition manquent de vision, c’est une chose. Mais, que les partis politiques traditionnels, les membres de la société civile et la diaspora en France et à l’étranger accueillent et applaudissent des deux mains, le forum, comme concept et cadre pertinents, pour traiter d’une autodestruction – qui a exposé le pays au génocide – confine à un double assassinat.

Excellence, si l’on remonte dans les archives de ce concept, un forum est symbolique des premières ségrégations du citoyen, par la séparation de l’espace en deux parties : l’une, plus élevée et désignée sous le nom de « comitium », servait de lieu de réunion aux curiates et s’opposait au forum proprement dit ; siège des « comices tributes ». C’est la tribune qui était le centre géographique du Forum, le tribun ou l’orateur devient l’élément principal. Avec l’évolution des institutions de l’Etat depuis l’avènement de la République, le forum n’est plus ni un lieu de décision, ni un lieu politique. Pour faire court, ce n’est plus qu’un lieu de rencontres scientifiques. Le forum est le concept qui a perdu, en outre, toute valeur mythique et morale ; tant sur le plan architectural que sur le plan envergure d’événement. Il n’y a qu’en Centrafrique qu’on confère à ce concept les parures de l’Alpha et l’Oméga.

C’est un espace dont l’histoire architecturale rappelle aujourd’hui la détérioration des institutions politiques ne saurait être retenu pour abriter de si importantes assises ! Dit autrement, les assises projetées doivent – sur le plan communicationnel, dépasser en termes d’envergure et de lisibilité.

Les pays étrangers doivent se rendre compte que la formule retenue ne ressuscite le nauséabond DPI et consacre l’abdication intellectuelle des Centrafricains. Un des aspects visibles de cette abdication a été de découvrir dans le mot « forum » une sorte de magie de mot. Et pourquoi n’attend-on pas choisi le concept « symposium » pendant qu’on y est !
De telles abdications ont pour effet de laisser l’espace public aux seuls, qui se croient investis par Dame nature, à saigner les autres en toute impunité.

I : Réfutation du concept de « Forum » comme démarche de résistance et non d’opposition.

Le «forum » en gestation est loin d’avoir les caractéristiques – tant au niveau rhétorique, organisationnel que méthodologique – des « Fameuses Conférences Nationales », ni celles des « états généraux », puisque aux cours de ces assises, on a mis en avant des méthodes de « gouvernance ». Les états généraux, les conférences nationales ; bien que galvaudés nous paraissent plus dignes d’intérêt, au vu des changements majeurs qu’ils ont entraîné dont l’éveil des populations ; phénomène qui prend du retard chez nous.

Madame la Présidente, permettez que nous vous révélions deux raisons essentielles du rejet viscéral du concept de « Forum » :

1 – La première. L’historicité du concept nous convainc de l’obsolescence de la formule. Face à l’enjeu historique et de philosophie politique, la formule doit revêtir une caducité. Elle doit être laissée aux étudiants, aux artistes. Elle est désormais inadaptée, inappropriée et impertinente pour aborder et traiter la profonde blessure. C’est une formule évocatrice d’hôpital de fortune.

2 – La seconde raison tient à ce qu’il dénote aussi bien qu’à sa connotation d’espace marchand, de carnaval.

Comme à Rio, chaque École de Samba va rivaliser d’ingéniosité pour marquer de son emprunte l’événement. Nous serons dans un bal des vampires ! Les grands orateurs, les tribuns voudront prendre la parole dans le seul but d’accéder à la vedettariat d’un jour ou de profiter de la tribune pour lancer leur campagne électorale.
Comme au forum de Davos (Suisse) les leaders de la société civile, des partis politiques traditionnels dits d’opposition démocratique et ceux de la diaspora Centrafricaine en/et de France ou d’ailleurs vont affûter leurs arguments, fourbir leur stratégie et aiguiser dans l’ombre les accords d’alliance. Ce serait la messe sans fin de l’amnésie généralisée. A coups de démagogie, on va brader, solder ce qui a coûté des vies. Parce que qu’on a la parole ou l’écriture facile, on va pontifier- à longueur de journée- les poncifs et on oubliera les morts sans sépulture. L’amnésie généralisée s’emparera de tous et les propos aliénants des faiseurs du nouveau monde feront occulter ce qu’il est urgent de faire ; mettre le pays dans la perspective de se reconstruire.

Un forum pour essayer de vendre ce qui n’a pas de prix ? Un forum où on ne se rappellera même pas des morts sans sépulture, où on n’accueillera même pas les mutilés : enfants, femmes et hommes de cette guerre. La preuve en est qu’il n’y a même pas un portefeuille ministériel, qui leur est dédié. C’est dire ce que cela signifie en termes de philosophie politique des politiques publiques depuis le début du gouvernement de transition.

Puisque la sagesse populaire dit qu’il n’est jamais tard de bien faire, Madame : la Présidente, sortez par le haut en repensant de fond en comble ces assises historiques. Donnez à ce pays votre marque de fabrique et lui confectionnant un socle et des colonnes. Dit autrement, nous, nous permettons de vous suggérer de ne pas vous jeter avec précipitation vers la fin, non négociée et brutale de la désespérante transition, inventons un cadre alternatif en lieu et place du forum préconisé en changeant de paradigme. Initions et faisons tenir une Convention Nationale pour le Renouveau du Pacte Républicain.

N’est-ce pas l’occasion ou jamais il faut user du mécanisme de la Décentralisation. Partir de nos traditions ancestrales de réconciliation pour élaborer la Charte du Pacte Républicain.
Mettre en évidence les contours et les balises du Pacte en impliquant toutes les régions par la négociation davantage que par l’injonction et ou la coercition. Toutes les entités ; parties prenantes doivent travailler à la recherche des éléments de contexte : état des lieux des facteurs et acteurs de propagation, éviter que les partis politiques et les membres de la société civile ne préemptent le cap fixé et les différents axes d’orientations à court, moyen et long terme. La dite Charte a vocation à constituer l’Avant-Projet Sommaire de la matrice de la démocratie Républicaine.

II : Penser l’après conflit dès maintenant ; l’Avant-Projet Sommaire de la démocratie Républicaine.

Excellente Madame la Présidente permettez-nous quelques questions : Peut-on construire les colonnes de la période post conflit avec les instruments évanescents ? Un forum est un avènement ; même pas un événement. A ce titre il est évanescent. C’est un matériel fragile et l’histoire ne se construit ni avec des matériaux fragiles ni avec l’amnésie généralisée, a plus forte raison avec des outils de falsification de la mémoire collective. Cette future assise nationale de la réconciliation est tramée d’approximations. Elle est pensée par certains pour être imposé aux autres, quelque peu prémunis. Quant à ceux qui sont démunis, ils ne méritent ni d’être consultés ni d’être impliqués. En quoi amorce-t-elle ou esquisse-t-elle l’avant-projet sommaire de la période post conflit ?

A l’approche de la fin de la période de transition et malgré la relative accalmie, on s’attendait à lire de la production de qualité- sans débordante conjecture – au sujet de la période post-conflit. Rien ne vient. Le diagnostic le plus répandu est l’absence de leadership en Centrafrique. D’aucuns semblent convenir que le conflit en Centrafrique plongerait ses racines plutôt dans la carence de leadership. Ce qui ouvre la voie à des multitudes de candidature à la présidence, même les candidatures les plus farfelues.

Et pourtant, il faut élaborer une nouvelle constitution, mettre la décentralisation à hauteur des hommes. Les conférences que donnent les candidats déclarés ou les potentiels candidats ont en commun d’être des tissus d’évidences, du déjà vu, du réchauffé :

La richesse que regorgerait le sous-sol Centrafricain dont l’existence d’un pétrole factice est un des poncifs… Il en est de même de la rétribution régulière des salariés de la fonction publique ; le seul secteur créateur d’emplois avant et pendant le conflit.

Quant au type de démocratie à bâtir, personne ne dit mot. Va-t-on assister à la démocratie de marché ! Quelles sont les querelles idéologiques auxquelles sera confrontée la période post conflit ? C’est le silence dans les états-majors. La demande d’aide humanitaire d’urgence fait-elle obstacle à la mise en débat des problématiques de citoyenneté d’implication et les rouages qu’il faut susciter plutôt que la prolifération des partis politiques ; véritables clubs d’Aristo sans projet de société.

Madame la Présidente, nous assumons cet acte de vous interpeller aujourd’hui. Ce n’est qu’un acte de résistance plutôt que d’opposition que d’exiger des institutions de la transition et des entités ; parties prenantes d’indiquer le genre de pays dont elles passeront le témoin ! Par exemple : Les impacts sur la population et l’Etat des interdépendances économiques depuis le conflit. Encore quelle sera la nouvelle cartographie militaire sur l’ensemble du territoire et la sécurité des transactions ; (financières, marchandes, monétaires, etc.) qu’il faut édifier. Le calme sera-t-il propice à l’émergence des paramètres de la matrice à édifier, étant donné la situation de confluence au cœur de 6 Etats voisins : les 2 Congo, les 2 Soudan, le Tchad et le Cameroun.

Conclusion

Madame la Présidente, vos responsabilités nous imposent d’abréger cette correspondance. Mais avant, il nous est essentiel de relever des évidences que la culture politique de l’autruche et du déni en Centrafrique refuse de regarder en face. Il y a un divorce entre le sens qu’ont les citoyens modestes de l’Etat, et les logiques des élites à la direction de l’Etat.
Ce divorce est désormais consommé et la population a un contentieux profond avec l’Etat. Entre l’Etat et la République, entre l ‘Etat et la population il n’y a que des rapports de défiance et de méfiance. Il y a des pratiques qu’on ne peut plus tolérer dont les résolutions « du forum de Brazzaville en Juillet dernier. Voilà une raison de plus pour honnir le concept de « forum » Suffit-il d’être à la tête d’un groupe armé pour devenir ministre de la République ! Cette logique va impacter les mécanismes de l’Etat et de la République comme un credo.

Chère « Maman Cathy » ; vocabulaire cher à votre prédécesseur Bokassa, ayez le courage d’impulser un changement de paradigme en proposant un scénario de sacralisation des biens de l’Etat. Ce sont les référentiels et les repères qu’on attend de ces assises de « Réconciliation nationale ». La réconciliation est une entreprise de longue haleine et perfectible sur plusieurs générations. A la lueur des choses gravissimes qui se sont produites, la réconciliation nationale doit devenir un établissement public d’aménagement pour être le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre des lieux symboliques sur l’ensemble du territoire et marquant le virage de la nation vers la concorde, la promotion des valeurs humaines telles l’accès aux droits civiques, à la culture, à l’éducation, à la santé, à la sécurité des transactions, aussi bien petites que grandes.

Ces lieux symboliques pourraient l’être par leur architecture particulière dans chaque commune de moyen et plein exercice et des communes rurales et [se réduire aux baptêmes des rues ou des avenues ou des édifices existant encore que telle initiative est au-dessus de leur pensée !].

Enfin, rejetant la formule « forum » nous en appelons à la résistance.

Madame la Présidente, résistez avec nous pour mettre en place les conditions de la tenue d’une Convention Nationale pour le Renouveau du Pacte Républicain. Vous et nous le devons à toutes les morts sans sépultures, aux veuves et orphelins… L’arrivée d’une aube emplie d’espoir d’un renouveau plaisant doit être provoquée par ceux qui ont encore foi en l’avenir de ce pays. Puissions-nous vous compter des nôtres !

M. Gervais Douba
&
M. Orphée Douaclé Ketté

Ampliation :

– Le chef du Gouvernement de la Transition
– Le Bureau des Nations Unies en Centrafrique
– L’ambassade de France en RCA
– L’Union Africaine
– L’Union Européenne

Chaos généralisé en RCA corollaire des élections en 2015 : peut-on l’éviter ?


ELECTIONLe débat s’enflamme sur la toile. Que sur la toile, comme qui dira l’autre… Élections ou pas élections ? Deux camps argumentent leurs positions. Langage soutenu ou empli d’émotion. D’ailleurs comment aborder les différentes problématiques en RCA sans émotion ? Elle n’est point contre raison cette émotion. C’est seulement la dimension à prendre en compte et à s’indigner des misères et autres drames humains qui se succèdent sans discontinuité.

Les pro-élections

Leurs arguments ont – selon moi – un axe de rotation « la légalité illégitime ». J’emploie ce terme du fait de l’impossibilité d’organiser les élections sur toute l’étendue du territoire en rapport au délai retenu et à la situation sécuritaire. Ainsi les élections – si jamais elles sont organisées – seront au rabais mais permettra d’avoir des autorités aux coudées franches capables de s’employer aux différents maux connus. Mbéni nga si !

Il faut y rajouter une envie légitime de mettre un terme à cet ersatz de politique qu’est la Transition. Celle-ci incarnée par des personnes inappropriées et inopinées s’occupant de tout sauf de la RCA. Ce qui devrait s’apparenter à une occasion de mettre les piliers d’un nouvel État fort, tourné résolument vers le progrès, se révèle une totale trahison des vœux légitimes de sécurité et de paix.

Les anti-élections

L’argument majeur avancé : la situation du pays sur le plan administratif et sécuritaire. Et cette situation tient de l’évidence. Dans le cas de la RCA, la communauté internationale s’obstine à nier cette évidence, avec elle la classe politique et voire la société civile. Pourtant nier l’évidence est toujours source de drames.

Il serait nécessaire de remarquer que la situation de la population de la RCA ne doit être tenue de subjectif. Ce sont des personnes polytraumatisées, n’ayant plus de toits et traînant des séquelles physiques et psychologiques énormes. L’un des cas le plus patent pendant sous le nez de tout observateur : le camp des déplacés de M’poko appelé ironiquement « Ledger ». Et la RCA est truffée de camps pareils souvent inconnus de la communauté internationale.

A cela il reste deux éléments primordiaux : Les mois de Juin et Juillet retenus pour ces élections sont en pleine saison des pluies ; Les Seleka sont surarmées. Telle réalité influencera irrémédiablement les résultats des élections dans les localités sous leur contrôle.

Que de s’adonner au ping-pong, sport favori du centrafricain, se renvoyant les fautes ou griefs à coût d’argumentaires, la question habituelle : Que faut-il faire ?

L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais des institutions fortes – Barack Obama.

Cette phrase résonne dans toute sa profondeur en rapport à la crise en RCA. Ce pays a toujours manqué d’institutions fortes créant le moule dans lequel chaque dirigeant devrait s’y glisser. A chaque nouveau régime sa constitution, ses hauts fonctionnaires, ses diplomates, etc. Et l’incurie de ses différents régimes a créé le monstre Seleka qui a induit son alter-ego les AntiBalaka.

Devant l’acuité du drame centrafricain, il y a eu la mise en place, via la communauté internationale d’une Transition. Et Hervé Ladsous l’a si bien défini : « N’oublions pas le sens des mots. Une transition est par définition transitoire ». Mais si la Transition politique mise en place en RCA devrait s’en tenir qu’à cette définition, c’est une insulte aux victimes innocentes de cette crise. En passant, il est dommageable qu’il n’est pas revenu sur le sens des mots tels que désarmement, sécurité, justice… En revenant sur le régime politique de transition, celui-ci suppose des missions avec un calendrier et des étapes.

Ainsi la Transition en RCA devrait permettre la pacification du pays et occasionner la mise en place des institutions fortes. Ces institutions issues consensuellement seraient ce fameux moule où qu’importe les « hommes forts », ils seront obligés de s’y glisser.

Grave est de constater que cette Transition mise en place par l’entremise avérée de la France s’est révélée un échec total. La tentation méprisable est de ne rectifier cet échec mais le banaliser et passer à l’étape suivante. L’entêtement des autorités françaises pour la tenue de ces élections induira des réactions malheureusement au sein de la population centrafricaine.

– La Francophobie

Aujourd’hui ce mal commence à gagner toute la couche de la population centrafricaine. Et c’est là où réside le piège par excellence. La France s’emploie ainsi pour créer les conditions d’un départ de la RCA pour ne point à assumer des responsabilités dans le chaos futur. Mais en partant, elle y restera par l’entremise de la francophonie ou de certains États utilisés comme (déjà) proxy. Et au moment opportun, elle reviendra comme une fleur. Le cas de Madagascar est éloquent et doit alimenter la réflexion des élites et des politiques pour peu qu’ils veulent jouer leur rôle… A la tentation de la francophobie, je plaide pour revoir le rôle des uns et des autres dans cette énième crise.

– La responsabilité (non exhaustive) des Centrafricains

La responsabilité du côté Centrafricain est identifiable. Des élites aux politiques, l’effort, l’abnégation et l’inexistence de leadership renforcés par l’absence de vision claire prenant en compte la RCA comme entité faisant partie intégrante du monde. Ces faits se renforcent chaque jour davantage dans la qualité même intrinsèque des différents dirigeants et autres prétendants à ce titre. La levée d’une nouvelle espérance est de rigueur et le pays tout entier en est assigné.
– La responsabilité extérieure
La responsabilité extérieure se résume exclusivement à celle de la France. Qui peut se targuer aujourd’hui de dédouaner ce pays de toute responsabilité en RCA ? Le décor est planté : la RCA entame une descente aux enfers. Plus de douze mois après l’intervention militaire Sangaris forte de 2000 hommes renforcée par la force européenne Eufor et des troupes de l’U.A sous mandat onusien, les troupes de la Seleka occupent plus des 2/3 du territoire avec arsenal de guerre en dépit des résolutions onusiennes sans équivoque. La médiation sous-régionale fortement appuyée par Paris qui valide les différentes décisions s’y émanant.

Ainsi la crise en RCA doit interpeller ce pays qui entend poursuivre le rôle de puissance tutélaire. La France a depuis toujours été en première ligne en RCA. Ainsi les turpitudes observées et dénoncées dans ce pays portent les stigmates des errements aussi de la France.

La résultante ?

Le moment est propice à la montée au filet des élites centrafricaines poussant la France à s’interroger sur ses différentes responsabilités en RCA. En premier lieu, sans complaisance sur l’infantilisation de la classe politique en laissant perdurer la maladie diagnostiquée avec pertinence par feu J.P Ngoupandé : le syndrome Barracuda.

Cette interrogation du rôle de la France ne peut que déboucher sur une réalité triviale : une nouvelle transition en RCA sans les acteurs actuels.

Aller aux élections est impossible car la Transition mise en place par l’entremise de la France est le goulot d’étranglement du processus de réhabilitation de la RCA comme Etat à part entière. Réparer l’erreur à ce niveau permettra d’harmoniser l’ensemble des actions du processus et permettra à celle-ci de jouer totalement son rôle : mettre en place des institutions fortes par l’édification des piliers solides où la justice sera l’axe central d’une véritable réconciliation.

Cette nouvelle transition doit être pensée par les centrafricains eux-mêmes. Et la France a ce devoir d’accompagnement pour cause de compromission dans la situation. Pour paraphraser Barack Obama « Quant à la France ou l’Union Européenne et au reste de l’Occident encore appelé communauté internationale, votre engagement ne doit pas se mesurer uniquement à l’aune des interventions militaires ou des euros […]. Le véritable signe de réussite n’est pas de savoir si vous êtes une source d’aide perpétuelle qui aide les gens à survivre tant bien que mal, mais si vous êtes des partenaires dans la création des capacités nécessaires pour un changement transformateur ».

Ici ce changement transformateur sera cette nouvelle Transition s’attaquant résolument aux réels problèmes de la RCA par l’application des résolutions votées, la neutralisation et des criminels et la sécurité par la libre circulation des hommes et des biens sur tout l’espace Centrafrique.

Ne restons point à vouloir forcer la porte hermétiquement fermée, il y a des fenêtres ouvertes offrant des possibilités nouvelles.

Centrafrique : Tirons les conséquences de nos conflits

PHOTO CENTRAFRIQUE SANS ARMES        SELEKA

La République Centrafricaine écrit l’une des pages tragiques de son histoire. Pour des facteurs endogènes et exogènes, il ne se passe une décennie sans que ce beau pays nanti de richesses ne sombre dans la violence. Beaucoup d’observateurs se posent la question comment on est-on arrivé là? Alors que d’autres estiment que l’expérience du conflit armé élève une Nation, comparant la belligérance armée au processus de fente de l’or.

         En fouillant l’histoire du monde, on s’aperçoit rarement qu’une Nation est devenue prospère grâce à la guerre civile (ethnique, confessionnelle, idéologique,…). Certes, les conflits armés ont été la cause de beaucoup de progrès scientifiques, économiques et techniques. Le premier ordinateur programmable du monde a été mis au point pour percer le secret des codes secrets allemands, les boîtes de conserve ont été créées pour la Guerre de Crimée, le stylo à bille permettait aux pilotes d’écrire à haute altitude…: Grâce à ses efforts consentis en temps de guerre, nous jouissons aujourd’hui d’une commodité agréable.

         Mis à part cette évolution que la guerre a apportée à l’humanité, nul ne peut démentir que le conflit armé affermit le patriotisme et l’unité nationale, ce que d’autres activités comme la musique et le sport engendrent autant. Aussi, cette consolidation du patriotisme ne se fera s’il oppose deux Etats et le peuple n’a qu’un ennemi commun.

            A la différence des pays qui ont connu la guerre inter-étatique, la guerre civile ne saurait être un facteur d’unité ou de patriotisme, car il s’agit d’un conflit interne qui amplifie la discorde, la division et la haine. Le point de chapeau à nos conflits fratricides est la mise en évidence des erreurs et des fautes qui en sont les causes, par l’organisation de fora et dialogues politiques. Malheureusement, nous faisons fi des conclusions.

         Aux Etats-Unis, la Guerre de sécession s’est achevée sur l’abolition de l’esclavage et la consolidation des institutions américaines. En Afrique, certains pays victimes de la guerre civile sont cités actuellement en exemple pour leur model de prospérité. En Centrafrique, les conflits, crises militaro-politiques, …n’ont apporté jusque-là, que désolation et malheurs. Par le barbarisme de personnes sans foi, ni loi, les gens vivent dans une douleur indescriptible.

         Nul Etat, nulle Nation et nul peuple a atteint son seuil de développement grâce aux armes et dans l’inimitié, tirons les leçons de notre malheurs pour faire de cela un moteur de réconciliation, de changement et de prospérité. D’autres l’ont fait, pourquoi pas nous ?

Fleury Venance Agou

Le Centrafrique à l’heure du patriotisme citoyen

Drapeau Centrafricain

Drapeau Centrafricain

L’ancien Président radical, Pierre Mendès France, expliquant le 18 janvier 1957, à l’Assemblée Nationale son vote contre le Traité de Rome, avait dénoncé cette probable dérive : “ l’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes : soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique ’’. Le point de vue, de cet illustre homme d’Etat illuminé ne s’applique – t – il pas au Centrafrique d’aujourd’hui?

         Disons les choses franchement, la République Centrafricaine, pendant cette période de transition fait face à ce dilemme. Pis encore, il est fort de constater que notre pays ne semble pas disposer  d’homme providentiel et le lendemain est loin d’être clair. La paupérisation a pris racine et le pays figure dans la liste des destinations infréquentables. Plutôt, il y règne une totale confusion des rôles ainsi qu’un manque flagrant de bonne volonté pour le retour définitif de la paix.

         Il est donc irresponsable que les entrepreneurs politiques font semblant d’oublier les revendications légitimes du peuple centrafricain et ne pense qu’à leurs gosiers. Au moment où on tergiverse et que chacun pense à son mangeoire, le nombre de morts augmente et les démons de la haine gagnent du terrain.

         Alors, à défaut d’un autre élan de toutes les forces vives du pays qui ne manquent ni de génie ni de talent, le pays connaîtra encore davantage des difficultés plus aiguës. Il perdra ainsi ce qu’il dispose de parcelle de souveraineté, l’espoir et le rêve de tous au retour de la paix qui a déserté la maison centrafricaine, ne sera qu’un mirage.

         Pour sauver la Nation en naufrage, le patriotisme, le sacrifice et le compromis devront prendre le dessus des intérêts égoïstes. Citoyens, sauvons la barque centrafricaine qui prend l’eau.

Fleury-Venance Agou

Fleury-V Agou