Franc CFA : Pas de sortie sous l’empire de la colère ou « Ab Irato »

Yves Schamird Baliakado

Cet après-midi du 08 avrl 2017, en France et dans les pays qui ont le Franc CFA comme monnaie, le front anti – CFA contre la Françafrique organisera une manifestation. Le mouvement contre cette « monnaie coloniale » prend de l’ampleur. L’Afrique centrale, notamment la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) a décidé d’imprimer prochainement elle-même cette monnaie. La problématique du maintien du Franc CFA anime les débats. dans ce débat, le Juriste centrafricain, Yves Schamird Baliakado donne son opinion. Pour lui, que la colère ne l’emporte pas sur la raison. Il nous propose des pistes.

LE CONTEXTE

Déjà rappelés dans le post précédent, les MOTS d’Alpha Condé lors de la 2e conférence sur l’émergence de l’Afrique visent directement la politique de la France en Afrique notamment la fameuse « France-Afrique ». Sans faire de « l’anti France » caractériel, ce qui serait contreproductif dans une approche gouvernementale (institutionnelle) c’est  à – dire de relation bilatérale, évitons les propos réactionnaires. Pour un centrafricain ou un Guinéen, la question immanente de l’émergence de l’Afrique est connexe à celle du F CFA, principal outil monétaire (économique) de l’heure. Mais un rappel des fondamentaux en politique monétaire s’impose.

LE RAPPEL DES FONDAMENTAUX

Pendant longtemps, le système monétaire planétaire devait avoir une contrepartie la convertibilité en « or ». Après la 2e GM l’apparition des « Bons du Trésor » a fait sauter ce verrou « doré » offrant aux autorités monétaires : Etats, Banques centrales, Trésors publics une souplesse pour modifier à discrétion la quantité de leur monnaie en circulation. Dans le cas du F CFA, on parlera d’un « marché unifié » lequel vient soutenir l’argument d’appartenir aux grandes zones monétaires : le dollar ($), l’euro (€)… Mais comme le F CFA est soumis à la banque de France, les autorités monétaires : BEAC et BCEAO supposément souveraines ne profitent pas de cette marge de manœuvre afin de maximiser la croissance économique de leurs pays et lutter contre le chômage. Inéluctablement d’où vient ce blocage et comment se projeter.

LA PROBLÉMATIQUE

1er élément : parmi les 4 principes institutionnels du F CFA, on trouve la centralisation des réserves de change à Paris avec un taux initial de 80 (France) 20 (Afrique) même au fil des années si des évolutions ont été opérées par souci de rééquilibrage. Disons-le ouvertement, cette centralisation par le Trésor public français est une aberration : « à César ce qui lui appartient et à Dieu ce qui lui revient de droit ». Dès lors qu’un nombre important des peuples africains réclame la fin du FCFA, « couper le cordon ombilical avec la France », les chefs d’Etat de la zone peuvent « gaillardement » demander d’inverser ce taux de centralisation. Cela permettrait donc le rapatriement de l’essentiel sinon de la totalité des réserves sur le sol africain. Ainsi, compte tenu des tensions persistantes sur le marché des capitaux (taux d’intérêt très élevé 15%), la BEAC et la BCEAO pourront proposer aux banques commerciales (ECOBANK) un prix d’argent moins cher pour soutenir l’économique.

2e élément : étant donné que le F CFA correspond à un marché unifié (parité fixe), dans la perspective d’un GRAND marché intérieur, une « OMC zone F CFA » » est nécessaire. En effet pour une Afrique francophone émergente, elle doit disposer de sa propre organisation commerciale qui engloutira à terme, les structures existantes : la CEMAC et la CEDEAO et avoir une base concurrentielle compétitive au même niveau que les « Common Law » plus dynamiques en commerce international. On le rappelle, le « marché intérieur » signifie espace constitué des Etats membres favorables à la libre-circulation des personnes, des marchandises, des biens/services et des capitaux. La nouvelle « OMC zone F CFA » aura un réel intérêt car la plupart de ses pays sont des producteurs de matières 1ères. L’objectif : plus de décloisonnement des zones d’échange pour plus d’arbitrages commerciaux et plus de désintermédiation (plus de souplesse administrative).

Au total, sortir du F CFA « pourquoi pas », mais l’impératif commercial et économique commande aux africains de définir par eux-mêmes une nouvelle vision monétaire volontariste. Si le processus semble irréversible, la sortie doit cependant éviter toute décision « ab irato » c’est – à – dire sous l’empire de la colère.

Yves Schamird Baliakado

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