Centrafrique – Histoire: B.Boganda et la reconstitution de la Haute–Volta

Pour besoin de main d’œuvre dans les pays voisins, la colonie de la Haute-Volta fut démembrée. Elle fut rétablie après la 2e Guerre Mondiale par les plaidoiries des élus locaux et notables multiplièrent les plaidoiries pour rétablir la colonie. Au Palais Bourbon (France), B. Boganda, Député de l’Oubangui – Chari et ses collègues du MRP présentèrent une Proposition de Loi au Parlement Français pour le rétablissement de la Haute-Volta.

Après la fondation du comptoir de Saint-Louis du Sénégal par la France, le général Galliéni créa en 1880 le poste de Bamako. Pour organiser leurs colonies d’Afrique Occidentale Française, la France fonda le 18 octobre 1904 la colonie du Haut-Sénégal-Niger. Le Soudan français (Mali) et la Haute-Volta (Burkina-Faso) sont rattachés à cette colonie.

15 ans après la fondation de leur dépendance du Haut-Sénégal-Niger et pour « un meilleur rendement et contrôle de ce vaste territoire », le ministre des colonies, Henri Simon proposa au Président français la création de la colonie de la Haute-Volta le 1e mars 1919.

Et, pour des « difficultés économiques » et par nécessité de main d’œuvre surtout dans les plantations ivoiriennes, la Haute-Volta fut démembrée après une étude rédigée par le lieutenant-gouverneur de la Haute-Volta à la demande du gouverneur général de l’AOF. Soumise à l’appréciation des autorités de la France, un décret pris par A.Sarrault, le Ministre des colonies, supprima la colonie Voltaïque en raison des « difficultés économiques  le 05 Septembre 1932». A partir du 1e janvier 1933, le territoire le décret rentra en vigueur et les habitants furent repartis de la manière suivante :

  • A la Côte d’Ivoire, les cercles de Ouagadougou, Koudougou, Tenkodogo, Kaya, Gaoua, Batié, Bobo Dioulasso et une partie du cercle de Dedougou; soit une superficie de 150.000 km2 et une population d’environ 2.400.000 habitants ;
  • Au soudan français (actuel Mali), le Yatenga et le reste du cercle de Dedougou; 60.000 km2 soit 80.0000 habitants ;
  • Au Niger on rattacha le Gourma, le Liptako, soit 80.000 Km2 pour 300.000 habitants.

Le rapport révélait la crainte des français concernant la Gold Coast (actuel Ghana) qui avait un lien commercial soudé avec le peuple Mossi. « Notre intérêt évident est d’essayer de détourner au profit de notre colonie voisine de la Côte d’Ivoire, tout ou partie de ce courant…», lit – on dans le document.

Ce démembrement indigna les voltaïques qui, après la 2e Guerre Mondiale se sont mobilisés pour reconstituer leurs territoires rassembler leurs peuples. Cette lutte sera menée par les élus locaux, les chefs coutumiers et notamment le Moro Naba qui multiplia les plaidoiries. Au Palais de Bourbon, les Députés africains, dont Barthélemy Boganda de l’Oubangui se joignit à cette lutte.

La reconstitution de la Haute-Volta :

Le partage du cadeau par « mesure d’économie » entre la Côte d’Ivoire, le Niger et le Soudan Français par la France sans considération de la culture du peuple, rappela aux élites africaines le partage de l’Afrique entre les puissances coloniales en 1885 à Berlin. Au Palais Bourbon, les Elus africains dénoncèrent le colonialisme avec toutes ses formes. Ils réclamèrent le rétablissement de la Haute – Volta.

Ainsi, le 25 juin 1947, les Députés B. Boganda, Juglas, Anjoulat, Belle-Soult et les membres du groupe parlementaire du Mouvement Républicain Populaire (MRP) ont présenté une Proposition de Loi portant rétablissement du territoire de la Haute-Volta. Elle fut renvoyée à la Commission des Territoires d’Outre – Mer.

Dans leur exposé des motifs, les Parlementaires exigèrent que les Droits des peuples doivent primer sur l’économie. « La primauté de l’économie doit se substituer la possibilité pour les peuples d’outre mer, conformément aux principes exprimés dans le préambule dans la Constitution d’octobre 1945, de poursuivre leur évolution propre, afin de développer leur civilisation respectives », ont – ils déclaré.

Le 04 septembre 1947, « les Députés votèrent la Loi rétablissant la Haute – Volta dans ses limites de 1932 ».

Héros de l’ancien Oubangui – Chari devenu République Centrafricaine le 1e décembre, B.Boganda mourut dans un accident d’avion le 29 mars 1959. Panafricaniste, il proposa le 17 octobre 1958 la création des Etats Unis d’Afrique Latine. Son projet se solda par un échec. 58 ans après sa mort, l’intégration est une exigence pour le développement du continent africain et elle revient sur toutes les lèvres.

Le Professeur d’Histoire Bernard Simiti, qui fut mon enseignant à l’Université de Bangui a publié un livre, De l’Oubangui-Chari à la République Centrafricaine indépendante, paru en 2013. Selon son auteur, «  cet ouvrage est une justice faite à Barthélemy Boganda, leader de la lutte pour l’indépendance et fondateur de la République centrafricaine qui, malgré ses engagements pour une Afrique unie politiquement et culturellement, n’a jamais été cité parmi les penseurs du panafricanisme tels que Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Cheik Anta Diop, Sékou Touré, Julius Nyerere, Gamal Abdel Nasser etc… »

Fleury Agou

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