Thomas Sankara écrit à ses frères d’Armes :  » L’Armée ne doit pas être un poids pour le peuple « 

11222064_708188839313576_1398755811855705286_nDepuis jeudi 17 septembre, le Pays des Hommes Intègres se désintègre. Les soldats du Régiment de la Sécurité présidentielle ont renversé les institutions de la Transition et l’ancien Chef d’Etat-Major de B.Compaoré et patron du RSP, le Général Dienderé s’est autoproclamé Président de la Transition. Politiques et Société Civile condamnent le coup de force à trois semaines des élections (présidentielles et législatives) et décrètent la résistance populaire. Pour une énième fois en Afrique, les militaires sont sortis de leurs casernes pour s’installer au Palais. Ce putsch interpelle l’Afrique et nous renvoie à l’interview que Thomas Sankara avait accordée au journaliste Saïd Ould-Khelifa dans les années 1983:

Saïd Ould-Khelifa: Il y a quelques mois vous avez dit qu’un militaire non politisé était un criminel en puissance. Dans cette nouvelle étape que vit la Haute-Volta, le militaire va-t-il jouer un rôle beaucoup plus militant que militaire ?

Thomas Sankara : Nécessairement. D’abord parce que l’armée est une nécessité, un outil, un instrument contre toute sorte d’ennemis, qui peuvent eux aussi employer ces méthodes-là. Il faut leur opposer des professionnels, qui sachent lutter, se battre. Mais d’une part l’armée ne doit pas être un poids pour le peuple, sur le plan du budget, du soutien de l’entretien. D’autre part, l’armée ne doit pas être un moyen de troubler et d’inquiéter les masses. Au contraire, on doit les rassurer. En fait l’armée, de part tous les avantages dont elle dispose, doit être à l’avant-garde du combat révolutionnaire. Si bien que, pour nous, l’armée voltaïque, aujourd’hui, est une armée qui est appelée à se transformer fondamentalement.

Une armée qui doit quitter son cadre néo-colonial, pour devenir véritablement révolutionnaire aux côtés des masses populaires. C’est-à-dire que maintenant, le militaire ne doit plus se considérer comme un mercenaire, comme un salarié chargé d’exécuter des besognes, basses besognes, étranger au sein du peuple mais au contraire se sentir comme un élément du peuple, et à qui une mission particulière a été confiée. Cela inclut la défense du territoire, la défense des intérêts du peuple, sa protection et sa sécurité. C’est aussi la participation à la formation militaire du peuple et à la résolution des problèmes concrets de celui-ci, donc à la lutte pour le pouvoir économique. Nous verrons les militaires aux champs, gérer des fermes agricoles, s’occuper de l’élevage. Notre doctrine dit que la défense du peuple ne peut être confiée qu’au peuple. Celui-ci ne peut pas déléguer sa défense à quelqu’un d’autre, à un groupe quelque soit sa compétence technique. Le peuple se défend lui-même. Certes, dans l’organisation de la défense, les rôles ne seront pas les mêmes, certains seront plus spécialisés dans tel ou tel domaine. Tout comme dans l’armée elle-même. Certains se spécialisent dans l’infanterie, d’autres dans la cavalerie, d’autres encore dans l’aviation. Mais tout cela ne peut se faire que lorsqu’on a confiance au peuple, et surtout quand on a sa confiance.
Combien peuvent oser encourager le peuple dans cette voie ? Ils ne sont pas nombreux. Ceux qui sont les ennemis du peuple préfèrent s’appuyer sur une armée, donc sur un groupe d’hommes de la société qui consolide leur régime, leur pouvoir. Ils refusent les armes au peuple et le tiennent en respect.12002922_708188852646908_4295430634403168546_n

Ce n’est pas notre cas. Nous n’avons pas peur de le former militairement. Parce qu’il a confiance en nous et que nous avons confiance en lui. Le peuple sait que nous combattons les mêmes ennemis que lui, que nous sommes avec lui, que nous sommes en lui.
L’armée néo-coloniale qui faisait du militaire un privilégié de la société, cette armée-là est maintenant révolue. Et cela va jusqu’au combat contre l’élitisme. Nous sommes contre la formation élitiste du militaire qui a l’impression que son statut social le classe au-dessus du peuple. Nous sommes contre également les attitudes petites-bourgeoises de l’armée qui croit que le militaire doit être considéré, doit être mieux traité que les autres, et n’a pas les mêmes devoirs. Nous sommes contre cela.

32 lunes après, cette interview est toujours d’actualité et on pourra la qualifier de « Lettre de Thomas à ses frères d’armes Africains ». Et si le Continent Noir s’inspirait de l’Amérique Latine qui a tourné l’une de ses pages sombres: De la dictature à la démocratie, et des armes aux urnes.

Fleury Venance Agou

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