Centrafrique: Clement De Boutet-M’bamba à coeur ouvert sur les questions de l’heure

Clement Boutet-M'bamba

Clement De Boutet-M’bamba, le nouveau sécrétaire général adjoint et porte parole du Rassemblement Démocratique Centrafricain se livre à un interview vérité. Cette affaire l’ayant conduit à Nguaragba, le RDC, l’AFDT, etc… il aborde tous les sujets.

1-Vous venez récemment d’être élu SGA du RDC mais également porte-parole du parti, quels sont vos ressentiments suite à ces distinctions

Un triple sentiment. D’abord celui de l’expression de ma gratitude envers les délégués du 4ème Congrès Ordinaire du RDC qui, en m’élisant, ont voulu honorer douze années d’engagement militant. Ensuite de l’humilité lorsqu’on sait dans quelles circonstances cette élection a eu lieu. Enfin de la responsabilité car des huit membres du Bureau Exécutif du parti, du haut de mes 37 ans, je suis le plus jeune ; donc je représente non seulement les jeunes du RDC au sein de cet exécutif mais aussi et surtout les jeunes de Centrafrique.

2-Pouvez vous nous dire en quoi consisteront vos fonctions, notamment celle de SGA?

Comme SGA, j’organise et coordonne toutes les activités de sensibilisation, de mobilisation et de communication du parti. Des domaines fondamentaux pour la relance de ses activités, la formulation et la mise en orbite de ses ambitions.

3-Vous n’avez cependant pas pu assister au Congrès du RDC à la suite d’une sordide affaire de détournement de fonds. Pourrait-on avoir votre version de cette affaire ?

Détournement de fond ? C’est par vous que je l’apprends. Cette affaire est une  sorte de grosse farce. Bien qu’ayant été privé de liberté durant 17 jours, je préfère pour l’heure, ne pas en parler par discipline et solidarité. En effet, celui par lequel ce qui s’est produit est arrivé, siège dans le même exécutif politique que moi. Un bureau mis en place il y a à peine un mois et demi. Même si je n’oublie pas ce qui s’est produit, je ne voudrais pas parasiter le bon déroulement des activités du parti car non seulement j’en porte la parole mais les défis auxquels nous devons faire face, dépassent ma personne et ce que j’ai enduré durant cette période.

4-Pouvez-vous clairement dire s’il y a eu une once d’instrumentalisation de la justice afin de vous éliminer politiquement par le biais de cette affaire ?

Je suis arrivé à Bangui le 10 janvier, le 13 une action en justice est déclenchée contre moi. Le 15, le Procureur de la République autorise une enquête en arrestation dans la procédure. Le même 15, le même Procureur de la République prend à mon endroit une Interdiction de Sortie du territoire. Le 22, alors que je me trouvais au Cabinet de l’ex Bâtonnier Me Kongbeto pour une conciliation foncière dont il avait la charge, je suis interpellé par 12 commandos du GISGN armés jusqu’aux narines sous conduite du Commandant de la Brigade Judicaire de la SRI. Il était 10h47. Je suis conduit à la SRI où je serai auditionné aux environs de 16h00 suivi de la notification de mon placement en garde à vue sans introduction en cellule.

Je tiens à préciser que c’est au moment de mon interpellation que je découvre  l’existence de la procédure. J’étais à Bangui depuis 12 jours avec toutes les garanties de représentativité or je n’ai reçu aucune convocation de la gendarmerie ni un coup de fil.

Le 23, alors que j’étais encore à la SRI, je vois débarquer un huissier avec une assignation en référé d’heure en heure suivie d’un acte de saisie autorisé par le tribunal du véhicule que je conduisais au moment de mon interpellation. Par manque d’éléments disponibles, mon transfert au parquet ne fut réalisé ainsi que la saisie du véhicule. Procédure civile, procédure pénale…Confusion des genres ?

Le 24, je fais une crise d’asthme. Sur intervention de mes conseils, je suis autorisé à sortir pour soins. Quarante huit heures plus tard, sur instruction du Procureur de la République lui-même, je suis rappelé à la gendarmerie par le canal de mes conseils. Je m’y rends. De la SRI, je suis conduit au parquet où il m’est notifié mon placement sous mandat de dépôt suivi un peu plus tard de mon transfèrement à Ngaragba malgré un avis médical contraire.

Oui, il y a eu manipulation de la justice. Quant à son interprétation, je laisse chacun libre d’en faire sa propre opinion.

c-b-m5-Certaines personnes ont également, à la même période, lancé des rumeurs sur votre personne, vous taxant tantôt d’escroc notoire tantôt de repris de justice. Ces rumeurs sont elle fondées ?

Je vous assure ma calvitie n’est pas l’expression des effets secondaires de ce que vous appelez « rumeurs » mais la manifestation d’un processus biologique classique. C’est pour vous dire qu’elles ne m’empêchent pas de dormir, ne m’enlèvent pas l’affection des miens et encore moins mes soutiens politiques et amicaux. La vie est une question de choix, il y a douze ans, j’ai fait le choix de faire de la politique en sachant que je m’exposais. J’étais conscient du risque encouru. Rien, absolument rien ne me fera détourner le regard de mes objectifs.

6-Envisagez vous éventuellement de les attaquez en justice pour diffamation le cas échéant ?

Mon énergie est mobilisée pour des causes qui en valent la peine. Non, je ne porterai pas plainte. Au moment de l’affaire Lewinsky, le président Clinton fit l’objet d’énormes agressions imaginables ou pas mais il avait le regard fixé sur la fin de son mandat et une fois l’ouragan passé, il l’a achevé de la plus belle des manières et l’histoire a retenu qu’il est l’un des meilleurs présidents américains de ces 50 dernières années. Je suis dans cette même disposition d’esprit. Le seul endroit où j’empêcherai quelqu’un de cracher, c’est sur mon visage.

7-Au vue du différent qui vous a opposé à Me Otto, Secrétaire Général du parti, les militants ont ils fait le bon choix en vous associant avec celui ci ?

Oui avec Hotto nous sommes dans la même entité de travail. Entité politique par-dessus tout. Je vais être franc avec vous, je n’ai pas oublié ce qui s’est passé et je ne suis pas prêt de l’oublier mais je suis assez grand pour le dépasser et œuvrer afin que la RCA gagne via le RDC. Pris individuellement, les militants ont vu les qualités de chacun et à la lumière de celles-ci que nous fumes élus. Oui, j’ai la faiblesse de croire, pour ce qui me concerne que ce fut un choix responsable.

8-Le congrès du RDC s’est tenu sans que puissiez assister. Pensez vous néanmoins que ce congrès à été celui de la rénovation et de la renaissance que vous appeliez de vos chers vœux ?

Le Congrès du RDC initialement prévu pour 3 jours fut prolongé de deux. J’ai pu assister aux deux derniers mais c’était la partie élective, le travail d’orientation, de rectification fut déjà accompli. C’est mon principal regret. La rénovation et la renaissance, nous avons trois ans pour les consolider. Pour l’heure, je parlerai plutôt de congrès de la rupture.

9-Vous souhaitiez notamment la sortie de votre partie de l’AFDT, êtes vous satisfait de la ligne du parti à ce propos ?

Bien qu’étant convaincu que le RDC seul ne peut gagner une élection en RCA, j’ai l’intime conviction que l’AFDT nous conduira au cimetière des désillusions.

En 2005, lorsque nous n’étions pas qualifiés pour le second tour et qu’il fallait faire un choix, j’avais dit ni Bozizé, ni Ziguélé. Dix années plus tard, je demeure convaincu que le RDC doit être maître de son agenda politique et ne plus servir d’alibi derrière certaines protes à des presdigitateurs qui croient être les seuls à y entrer. De l’UFVN à l’AFDT, à titre personnel, je ne vois pas ce que ces groupements politiques ont apporté de positif à notre pays et je ne vois pas le gain politique pour le RDC excepté avoir eu Sioké comme Ministre. Au départ avec l’UFAP en 1998, nous avions presque 20 députés, à la formation du FARE en 2011, nous n’avions plus que Blaise Nakombo, paix à son âme. En 17 années d’alliance, nous avons assisté à une réelle perte d’influence du parti due d’une part aux choix stratégiques inefficaces et d’autre part aux effets post 28 mai 2001. Dès la formation de l’AFDT, j’avais demandé le retrait du RDC et je vous avoue que je n’ai pas changé d’avis. Le RDC qui veut gagner, le RDC qui veut être le canal par lequel renaîtra la RCA, le RDC qui veut divorcer des compromissions du passé, a  vocation de sortir de l’AFDT maintenant, c’est mon point de vue.

10-Quelques observateurs estiment que le RDC par le choix de son nouveau bureau politique s’est enfermé dans le passé mais aussi dans une logique ethnique. Pouvez-vous convaincre ceux là du contraire?

Des 8 membres du nouvel exécutif du RDC, seul Joseph Pingama avait travaillé du temps de l’exercice du pouvoir par notre parti. Si UN sur HUIT représente à vos yeux l’ordre ancien, je ne sais pas ce que vous direz de ces partis où les exécutifs sont constitués essentiellement de ceux qui hier, buvaient du Cellier des Dauphins alors qu’à côté, on égorgeait, tuait, pillait et violait ? Que diriez-vous de ceux qui hier disaient « dégâts collatéraux » lorsque les droits de l’homme servaient de paillasson et qui aspirent aujourd’hui à diriger la RCA ? Pour être candidat aux fonctions exécutives au sein du RDC, il faut répondre aux critères suivants : être de nationalité centrafricaine, être militant, être à jour de ses cotisations, n’avoir jamais fait l’objet de sanctions disciplinaires, etc. Si vous y trouvez des critères ethniques, prière de m’indiquer l’adresse de votre ophtalmologue afin qu’il puisse corriger mon acuité visuelle.

11-Quelles sont les orientations politiques qui font la spécificité du RDC par rapport aux nombreuses formations politiques de Centrafrique ?

Elles se résument par cette déclaration : SO ZO LA. C’est-à-dire que nous plaçons l’Homme au cœur d’une triple bataille. D’abord celle de la Démocratie. Pour exemple, le RDC est le seul parti politique centrafricain à avoir transmis le pouvoir de l’état après des élections qu’il a organisé et perdu. Tous ceux qui nous ont succédé et qui ont cru être les dépositaires du bail eternel de la RCA, sont tous partis les pieds aux fesses.

Ensuite celle de la justice. Un exemple : Lorsque Bokasa est revenu en RCA, il fut mis aux arrêts et jugé selon les règles de l’art. Depuis 1993, nous sommes entrés ans le cycle des exécutions extrajudiciaires. Nous avons eu  Rehote, Abrou, Grelombe, Ndjadder, Bembe, Massi etc…

Enfin celle du développement. Un exemple : au moment de l’alternance de 1993, la RCA était autosuffisante sur le plan alimentaire. Aujourd’hui, plus de 50% de la population dépend de l’aide alimentaire internationale.

10402786_10205227825282756_1376803645019872471_n12-Dans cette période assez difficile pour la RCA, quelles dispositions spécifiques le RDC prévoie de mettre en place pour contribuer à la restauration de l’intégrité du territoire et à la réconciliation nationale ?

Permettez-moi de vous rappeler que lorsque le RDC dirigeait la RCA, nous n’avions pas de Seleka, d’Antibalaka, de Codo, de Zakawa, de Balawa, Karako, etc. Le territoire était Secure malgré le phénomène zaraguina que certains avaient promis éradiquer en quelques semaines car connaissant les en-dessous. Restaurer l’intégrité du territoire et réconcilier les Centrafricains revient à reconstruire ce failled state qu’est devenu le Centrafrique et combattre toutes les injustices. Des domaines dans lesquels les cahiers de l’histoire politique de la RCA constituent le suprême témoignage pour le RDC.

13- Une partie des leaders de la classe centrafricaine (dont celui du RDC) s’est réunie à Rome sur invitation de l’église catholique. Cette rencontre s’est soldée par la signature d’un document titré « Appel de Rome au peuple centrafricain et à la communauté internationale »qui est un condensé  d’engagements en 15 points pris par les politiques centrafricains. Doit-on en déduire l’incapacité de cette dernière à trouver elle même des solutions crédibles concernant la RCA sur le territoire centrafricain?

Que ce soit à Katmandou ou à Toumbouctou, tout ce qui est fait avec nous, peuple de Centrafrique pour que nous sortions de cette zone de grandes turbulences sans oublier de combattre l’impunité ne me pose aucun problème.

14-Par sa récente intervention sur les ondes de RFI, M. Djotodia à revendiqué son droit de participer à la vie politique. Pensez vous que ce dernier ainsi que M. Bozize peuvent encore prétendre à la Magistrature suprême ?

Entre nous, après tout le tord qu’ils ont causé  à ce pays, croyez vous qu’il puisse y avoir des gens qui voteront pour eux ? Bozizé et Djotodia sont le passé,  je préfère regarder  l’avenir et parler du présent.

15-Un dernier mot sur le forum de Bangui qui se prépare et les élections à venir ?

De 1937 à 2011, nous avons voté 30 fois dans ce pays. Si les élections constituaient la solution à nos maux, cela serait su depuis une éternité.  1981, le MLPC conteste l’élection de Dacko. Le chaos s’installe, coup d’état du 1er septembre 1981.

En 1998, le MLPC organise un 3ème tour des législatives en débauchant Koudoufara puis renverse la majorité suivie en 1999 du fameux 1er tour KO où son candidat se déclare élu. Résultats, nous avons eu le 28 mai 2001, Octobre 2002 et le 15 mars 2003. En 2011, Bozizé réalise un génocide électoral. Résultat on a eu la Seleka.

Les élections sont depuis 1981 une composante de la crise centrafricaine. Vouloir en organiser la 31ème dans un pays chaotique, c’est vouloir que la RCA ne s’en sorte pas mais c’est aussi démontrer qu’on n’a pas compris la nature de la crise centrafricaine. C’est ici que le Forum de Bangui trouve sa justification car il permettra, je l’espère, de rectifier la transition en donnant une nouvelle chance à la RCA. Et je me demande si en 5 jours, on peut vraiment permettre à notre pays d’entrer dans une nouvelle dynamique.

16-Que pensez- vous du débat sur inéligibilité de certains acteurs politiques aux prochaines élections lancé récemment par le président du MDREC Joseph Bendounga et l’ambassadeur de France Charles Malinas?

Notre position au RDC est claire sur cette question: tous ceux qui ont eu des responsabilités depuis janvier 2013 sont exclus des élections à venir. Il n y a pas débat à ce niveau pour le RDC. Nous appelons tout le monde à être responsable. Toute prise de position différente sur ce sujet n’engage pas le RDC

17-Quel est votre avis sur la composition du directoire du forum de bangui ?

Cette composition ne peut pas être un énième sujet de polémique vu les enjeux de ce forum. On reconnaît le maçon au pied du mur. Tout le mal que je leur souhaite, c’est de réussir la mission. Mais dans cette équipe de maçons, il y en a qui posent problèmes.

http://www.afrikaweekly.com

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