Centrafrique : Barthelemy Boganda rassembleur de terres africaines

Barthelemy-Boganda

Barthelemy-Boganda

L’écrivain Jules Verne rêvait d’un engin volant, utopie devenue réalité. Martin Luther king, disait : I have a dream (« Je fais un rêve »), rêverie concrétisée. Tant d’exemples utopiques et rêveries accomplies jalonnent l’histoire de l’humanité et des peuples. Barthélemy Boganda, le panafricaniste dont on célèbre l’anniversaire de sa tragique disparition le 29 mars 1959 se classe au nombre de ces futuristes.

Né vers 1910 en Oubangui-Chari, actuelle République Centrafricaine, B.Boganda a été recueilli par les missionnaires catholiques après l’assassinat de son père par des miliciens. Premier prêtre Oubanguien le 27 mars 1938, encouragé par Mgr Grandin, le prélat se présenta aux élections législatives prévues par la Constitution de la IVe République Française. Remportant l’unique siège le 10 novembre 1946, le Député siégea à l’Assemblée de l’Union Française jusqu’à son décès en 1959. Au Palais Bourbon, B. Boganda s’allia au Mouvement Républicain Populaire (M.R.P), à la tribune, il dénonçait les multiples crimes et violations de droits humains perpétrés en Oubangui-Chari et en Afrique, recommandant « le respect et la dignité de l’Homme noir « . N’étant pas soutenu par le M.R.P, il démissionna du parti pour créer le Mouvement d’Evolution Sociale de l’Afrique Noire (M.E.S.A.N) en 1949. L’ancien prélat jugeant que l’émancipation de l’Oubangui-Chari et des territoires Africains est subordonnée à un combat contre les clivages ethniques et politiques, son programme de société se résumaient aux cinq verbes: Nourrir, Vêtir, Guérir, Instruire, Loger. Un programme de société d’actualité maintenant et prôné par les institutions internationales. Panafricaniste de première heure, B.Boganda créa le journal de son parti, intitulé Terre Africaine, un outil de propagande pour son mouvement. Il s’appuya sur les chefs de villages pour avoir une assise territoriale et s’implanta dans les colonies du Tchad et du Congo-Brazza. En juin 1951, il est réélu Député, et en mars 1952, le M.E.S.A.N remporte la totalita des sièges de l’assemblée territoriale. Admiré pour son combat pour l’Homme Noire,  ses pairs lui confièrent le 17 juin 1957 la présidence du Grand Conseil de l’Afrique Equatoriale Française face au candidat RDA, Ahmed Kotoko.

L’intégration africaine vue par B.Boganda: La République Centrafricaine et les Etats-Unis d’Afrique Latine.

         Dans les colonies, l’accession à la souveraineté prenait racine et la Loi Cadre de 1956 leur octroya une autonomie interne. Jugée insuffisante, les africains réclamaient le droit à l’autodétermination. B.Boganda ne pouvait rester en marge de ce courant idéologique, pourtant, il avait affirmé le 21 octobre 1957 à la tribune du Grand Conseil que   » la France doit vivre chez nous par sa culture, sa technique, ses lois, son idéal « , qui clamait que  » l’indépendance était une dangereuse illusion « , dorénavant, il revendique le droit à l’indépendance. Le M.E.S.AN se joint au Parti pour le Regroupement Africain de L. Senghor opposé au Rassemblement Démocratique Africain de F. Houphouët Boigny. Le 28 septembre 1958, l’Oubangui-Chari et l’A.E.F votèrent « oui  » au referendum sur la Communauté Franco-Africaine.

Pour B.Boganda, les quatre territoires de l’A.E.F (Oubangui-Chari, Moyen-Congo, Tchad et le Gabon) étaient trop faibles économiquement et politiquement pour être des Etats stables jouissant de leur souveraineté. Ceux-ci à ses yeux devaient accéder groupés à l’indépendance, dans un seul Etat, la  » République Centrafricaine « . Il déclara : » Puisque ce projet est réalisable, nous devons le réaliser, sinon nous serons jugés et condamnés par la postérité comme traîtres à notre mission. C’est aujourd’hui qu’il faut bâtir la République Centrafricaine, demain ce sera trop tard. Les positions se cristalliseront. Des engagements seront pris, le Tchad et l’Oubangui ne manqueront pas d’être sollicités par d’autres voix et d’autres voies « .

Carte des Etats Unis d’Afrique Latine

Carte de la C.E.E.A.C

Poussant loin ses ambitions,  à la tribune du Grand Conseil de l’A.E.F, le 17 octobre 1958 il proposa à ses  la création des Etats Unis d’Afrique Latine regroupant la  » République Centrafricaine », l’Angola, le Congo Belge (actuelle R.D.C), le Rwanda, le Burundi, le Gabon et la Guinée Equatoriale. Les frontières, héritages coloniales, la viabilité financière et le poids économique et politique de la fédération étaient les thèses avancées par le Député pour convaincre les africains à adhérer à son projet.

Le dessein de B.Boganda ne rencontra pas d’assentiment, mis à pas part Opangault du Congo. Au Tchad, on trouva l’’Union prématurée, au Gabon la délégation mandatée fut purement et simplement éconduite. Le 24 novembre, le Gabon, le Tchad et le Moyen-Congo condamnèrent la balkanisation de l’A.E.F, mais se prononçaient dans le même temps pour une dissolution immédiate. Réunies à Brazza en novembre 1958, les anciennes colonies de l’A.E.F s’entendaient pour l’accession séparée à l’autonomie interne. Le 1e décembre 1958, l’Oubangui-Chari accéda à la souveraineté interne sous l’appellation de République Centrafricaine. Tenace à ses idées, B.Boganda réunit à Paris les 1e Ministres de l’ancienne A.E.F et créa l’Union Douanière. En mars 1959, il trouva la mort dans un accident d’avion. Balkanisés, les colonies de l’A.E.F accédèrent à l’indépendance en 1960.

La « République Centrafricaine » et les Etats-Unis d’Afrique Latine de nos jour?

         Par crainte de se voir leurs souveraineté noyée dans le grand espace géographique et politique proposé par Boganda, des leaders africains ont renoncé à la « République Centrafricaine«   et aux Etats-Unis d’Afrique Latine. Mais cinquante ans après les indépendances, des blocs sous-régionaux sont créés en Afrique, ajouté à cela l’intégration africaine (U.A). B.Boganda le visionnaire est certes décédé tragiquement le 29 mars 1959, mais son projet reste vivace et s’accomplit à moitié: La Communauté Economique et Monétaires d’Afrique Centrale (C.E.M.A.C), exceptée la Guinée Equatoriale forme la  » République Centrafricaine ». Aussi, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (C.E.E.A.A.C) est constituée par les Etats qui devaient formés les Etats-Unis d’Afrique Latine.

         Reprenant mon défunt professeur Max Wallot, paix à son âme, « certes Nkrumah, comme pour Boganda l’unité africaine était une triple nécessité : économique, politique et historique. Economiquement, l’Afrique possédait toutes les ressources nécessaires pour être puissante, mais le développement inégal et la mise en concurrence des territoires des territoires, la diversité de leurs monnaies et leur sous-peuplement constituaient de sérieux handicaps. Politiquement, les territoires, pris individuellement, constituaient des proies faciles pour le néo-colonialisme. Enfin, historiquement, l’heure était aux grands ensembles ». Son action pour une Afrique libre ne se limita pas en Afrique Centrale, nous parlerons de cela dans un prochain chapitre.

             Cinquante six (56) ans après la disparition du père fondateur de la République Centrafricaine, la valeur humaine (So Zo La) tant défendue par ce panafricaniste est bafouée par des hommes sans foi,ni loi, alors que Boganda voulait d’une République Centrafricaine forte et unie. Le sang a trop coulé, cessons les querelles, prônant l’Unité défendue par Barthélémy Boganda.

Fleury Agou

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