Chaos généralisé en RCA corollaire des élections en 2015 : peut-on l’éviter ?


ELECTIONLe débat s’enflamme sur la toile. Que sur la toile, comme qui dira l’autre… Élections ou pas élections ? Deux camps argumentent leurs positions. Langage soutenu ou empli d’émotion. D’ailleurs comment aborder les différentes problématiques en RCA sans émotion ? Elle n’est point contre raison cette émotion. C’est seulement la dimension à prendre en compte et à s’indigner des misères et autres drames humains qui se succèdent sans discontinuité.

Les pro-élections

Leurs arguments ont – selon moi – un axe de rotation « la légalité illégitime ». J’emploie ce terme du fait de l’impossibilité d’organiser les élections sur toute l’étendue du territoire en rapport au délai retenu et à la situation sécuritaire. Ainsi les élections – si jamais elles sont organisées – seront au rabais mais permettra d’avoir des autorités aux coudées franches capables de s’employer aux différents maux connus. Mbéni nga si !

Il faut y rajouter une envie légitime de mettre un terme à cet ersatz de politique qu’est la Transition. Celle-ci incarnée par des personnes inappropriées et inopinées s’occupant de tout sauf de la RCA. Ce qui devrait s’apparenter à une occasion de mettre les piliers d’un nouvel État fort, tourné résolument vers le progrès, se révèle une totale trahison des vœux légitimes de sécurité et de paix.

Les anti-élections

L’argument majeur avancé : la situation du pays sur le plan administratif et sécuritaire. Et cette situation tient de l’évidence. Dans le cas de la RCA, la communauté internationale s’obstine à nier cette évidence, avec elle la classe politique et voire la société civile. Pourtant nier l’évidence est toujours source de drames.

Il serait nécessaire de remarquer que la situation de la population de la RCA ne doit être tenue de subjectif. Ce sont des personnes polytraumatisées, n’ayant plus de toits et traînant des séquelles physiques et psychologiques énormes. L’un des cas le plus patent pendant sous le nez de tout observateur : le camp des déplacés de M’poko appelé ironiquement « Ledger ». Et la RCA est truffée de camps pareils souvent inconnus de la communauté internationale.

A cela il reste deux éléments primordiaux : Les mois de Juin et Juillet retenus pour ces élections sont en pleine saison des pluies ; Les Seleka sont surarmées. Telle réalité influencera irrémédiablement les résultats des élections dans les localités sous leur contrôle.

Que de s’adonner au ping-pong, sport favori du centrafricain, se renvoyant les fautes ou griefs à coût d’argumentaires, la question habituelle : Que faut-il faire ?

L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais des institutions fortes – Barack Obama.

Cette phrase résonne dans toute sa profondeur en rapport à la crise en RCA. Ce pays a toujours manqué d’institutions fortes créant le moule dans lequel chaque dirigeant devrait s’y glisser. A chaque nouveau régime sa constitution, ses hauts fonctionnaires, ses diplomates, etc. Et l’incurie de ses différents régimes a créé le monstre Seleka qui a induit son alter-ego les AntiBalaka.

Devant l’acuité du drame centrafricain, il y a eu la mise en place, via la communauté internationale d’une Transition. Et Hervé Ladsous l’a si bien défini : « N’oublions pas le sens des mots. Une transition est par définition transitoire ». Mais si la Transition politique mise en place en RCA devrait s’en tenir qu’à cette définition, c’est une insulte aux victimes innocentes de cette crise. En passant, il est dommageable qu’il n’est pas revenu sur le sens des mots tels que désarmement, sécurité, justice… En revenant sur le régime politique de transition, celui-ci suppose des missions avec un calendrier et des étapes.

Ainsi la Transition en RCA devrait permettre la pacification du pays et occasionner la mise en place des institutions fortes. Ces institutions issues consensuellement seraient ce fameux moule où qu’importe les « hommes forts », ils seront obligés de s’y glisser.

Grave est de constater que cette Transition mise en place par l’entremise avérée de la France s’est révélée un échec total. La tentation méprisable est de ne rectifier cet échec mais le banaliser et passer à l’étape suivante. L’entêtement des autorités françaises pour la tenue de ces élections induira des réactions malheureusement au sein de la population centrafricaine.

– La Francophobie

Aujourd’hui ce mal commence à gagner toute la couche de la population centrafricaine. Et c’est là où réside le piège par excellence. La France s’emploie ainsi pour créer les conditions d’un départ de la RCA pour ne point à assumer des responsabilités dans le chaos futur. Mais en partant, elle y restera par l’entremise de la francophonie ou de certains États utilisés comme (déjà) proxy. Et au moment opportun, elle reviendra comme une fleur. Le cas de Madagascar est éloquent et doit alimenter la réflexion des élites et des politiques pour peu qu’ils veulent jouer leur rôle… A la tentation de la francophobie, je plaide pour revoir le rôle des uns et des autres dans cette énième crise.

– La responsabilité (non exhaustive) des Centrafricains

La responsabilité du côté Centrafricain est identifiable. Des élites aux politiques, l’effort, l’abnégation et l’inexistence de leadership renforcés par l’absence de vision claire prenant en compte la RCA comme entité faisant partie intégrante du monde. Ces faits se renforcent chaque jour davantage dans la qualité même intrinsèque des différents dirigeants et autres prétendants à ce titre. La levée d’une nouvelle espérance est de rigueur et le pays tout entier en est assigné.
– La responsabilité extérieure
La responsabilité extérieure se résume exclusivement à celle de la France. Qui peut se targuer aujourd’hui de dédouaner ce pays de toute responsabilité en RCA ? Le décor est planté : la RCA entame une descente aux enfers. Plus de douze mois après l’intervention militaire Sangaris forte de 2000 hommes renforcée par la force européenne Eufor et des troupes de l’U.A sous mandat onusien, les troupes de la Seleka occupent plus des 2/3 du territoire avec arsenal de guerre en dépit des résolutions onusiennes sans équivoque. La médiation sous-régionale fortement appuyée par Paris qui valide les différentes décisions s’y émanant.

Ainsi la crise en RCA doit interpeller ce pays qui entend poursuivre le rôle de puissance tutélaire. La France a depuis toujours été en première ligne en RCA. Ainsi les turpitudes observées et dénoncées dans ce pays portent les stigmates des errements aussi de la France.

La résultante ?

Le moment est propice à la montée au filet des élites centrafricaines poussant la France à s’interroger sur ses différentes responsabilités en RCA. En premier lieu, sans complaisance sur l’infantilisation de la classe politique en laissant perdurer la maladie diagnostiquée avec pertinence par feu J.P Ngoupandé : le syndrome Barracuda.

Cette interrogation du rôle de la France ne peut que déboucher sur une réalité triviale : une nouvelle transition en RCA sans les acteurs actuels.

Aller aux élections est impossible car la Transition mise en place par l’entremise de la France est le goulot d’étranglement du processus de réhabilitation de la RCA comme Etat à part entière. Réparer l’erreur à ce niveau permettra d’harmoniser l’ensemble des actions du processus et permettra à celle-ci de jouer totalement son rôle : mettre en place des institutions fortes par l’édification des piliers solides où la justice sera l’axe central d’une véritable réconciliation.

Cette nouvelle transition doit être pensée par les centrafricains eux-mêmes. Et la France a ce devoir d’accompagnement pour cause de compromission dans la situation. Pour paraphraser Barack Obama « Quant à la France ou l’Union Européenne et au reste de l’Occident encore appelé communauté internationale, votre engagement ne doit pas se mesurer uniquement à l’aune des interventions militaires ou des euros […]. Le véritable signe de réussite n’est pas de savoir si vous êtes une source d’aide perpétuelle qui aide les gens à survivre tant bien que mal, mais si vous êtes des partenaires dans la création des capacités nécessaires pour un changement transformateur ».

Ici ce changement transformateur sera cette nouvelle Transition s’attaquant résolument aux réels problèmes de la RCA par l’application des résolutions votées, la neutralisation et des criminels et la sécurité par la libre circulation des hommes et des biens sur tout l’espace Centrafrique.

Ne restons point à vouloir forcer la porte hermétiquement fermée, il y a des fenêtres ouvertes offrant des possibilités nouvelles.

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