Centrafrique : perpétuation de la crise, crainte d’une partition.

La R.C.A est engluée dans une revanche, opportunité pour les bourreaux d’hier d’appeler à la sécession.

PHOTO CENTRAFRIQUE SANS ARMES

Marche en Centrafrique pour demander le désarmement/Crédit photo: Google images.

Les désistements de Michel Djotodia, Président de la Transition et de son Premier Ministre N. Tchiangaye le 10 janvier, n’ont mis un terme à la violence en Centrafrique, mais elle a plutôt changé de camp. Le climat socio-sécuritaire est toujours déplorable. A Bangui et dans l’arrière pays, les musulmans ont déserté le pays.  Ce départ, le regroupement des ex-Séléka dans l’Est et le Nord, ajoutés à certaines déclarations, frisent bien l’esprit de partition de la RCA.

         Déjà en Décembre 2013, la résistance au régime de M. Djotodia a fait bondi le tonitruant  Abakar Sabone, Conseiller spécial de M. Djotodia qui a prôné la séparation du pays en deux blocs, le Nord et le Sud : « Dans un délai d’une semaine nous allons prendre la décision, tous les nordistes musulmans, de demander la sécession de la République centrafricaine en deux : le Nord et le Sud« . Pour nombre de centrafricains, il aurait mis en lumière le plan B de la Séléka. A la surprise général, le Parlementaire français, Député du Val-d’Oise Axel Poniatowski (UMP) a soutenu les propos du sécessionniste A. Sabone : « la vraie question – et ce sera aux Nations Unies de -trancher-,est-ce qu’aujourd’hui ce sont des populations qui peuvent toujours cohabiter? Je n’en suis pas certain. Est-ce qu’il ne faut pas avoir une espèce de répartition (…) ou de partition Nord-Sud entre deux populations qui ne peuvent pas et ne savent pas cohabiter ?« 

A cette volonté de partition affichée, des centrafricains l’ont dénoncée. Dans les colonnes du journal alwihdainfo.com, Mr Alain Lamessi, un activiste politique note que « la volonté de la partition de la RCA est une déclaration de guerre que nul patriote ne saurait sous-estimer. Nous ne devons pas nous contenter de la dénoncer en parole. C’est tellement grave qu’il faut la combattre avec énergie. »

Partition de la RCA, la Séléka partagée :

         Après l’abdication forcée de Djotodia, l’ancienne rébellion Séléka est divisée en trois. Certains sont avec l’ancien Président en exil, d’autres demeurent dans la capitale alors qu’une grande partie a rejoint leur fief du nord. Les retranchés du Nord contestent le processus politique qui, d’après eux ne parvient pas à éradiquer la violence.

         Réfugié dans le nord, le général Arda, un proche de Djotodia appelle à la sécession : « On a décidé de diviser le pays parce que tant que l’on n’aura pas divisé le pays, on n’aura pas la paix. Je ne suis pas d’accord ni avec la présidente Catherine Samba-Panza ni avec le Premier ministre. Maintenant, on est en train de s’organiser. D’ici trois ou quatre mois, s’il y a quelque chose, je vais réagir « .Cantonnés au camp R.D.O.T, l’un des chefs Séléka, le Colonel Narkoyo, dément toute intention sécessionniste. Tout comme Herbert Gontran Djono Haba dénonce les intentions d’Arda : « Ce sont des agitations individuelles, mais il n’est pas question de parler de la partition de la RCA. C’est une forme de pression par rapport à la violence continue. Aujourd’hui, nous avons décidé de faire la paix « . Idem pour Mohamed Moussa Dhaffane deuxième vice-président de la Séléka en mars 2013 et actuel N°1déclare dans  Opinion Internationale que « nous avons tellement partagé, échangé et cohabité que, pour moi, imaginer l’avenir sans mes compatriotes est inacceptable ».

L’O.N.U. se déclare, la Centrafrique et la France réagissent.

Devant la persistance de la violence, le Secrétaire Général de l’O.N.U. Ban Ki Moon  a jugé que tous les ingrédients d’une explosion de la RCA sont rassemblés. « La brutalité sectaire est en train de changer la démographie du pays, la partition de facto de la RCA est un risque avéré« , a-t-il déclaré aux journalistes le 11 février.  Mais la Présidente de la Centrafrique Mme Cathérine Samba Panza n’entend céder une parcelle de son pays aux sécessionnistes et aux miliciens. « Je ne pense pas qu’il y ait d’épuration confessionnelle ou ethnique. Il s’agit d’un problème d’insécurité « , a-t-elle déclaré. « Les anti-Balaka, on va aller en guerre contre eux… Mais maintenant les anti-Balaka qui voudront tuer seront traqués« , a martelé Catherine Samba Panza. « Personne n’acceptera quelque partition que ce soit. Il faut absolument l’empêcher », a souligné le Ministre français.  » Pour la France, il n’y a et il n’y aura qu’une seule Centrafrique, qu’un seul chef de l’État. Toute tentative de penser autrement rencontrera l’opposition de la France et celle de la communauté internationale« , a affirmé Jean-Yves Le Drian le 12 février à Bangui.

         L’idée de partition inquiète les centrafricains qui appellent à la mobilisation contre le démon de la division et croient à la théorie du complot. Orphée Douacle Kette estime que »nombre d’inductions se cachent derrière la crise dans notre pays. Des manipulés aux naïfs en passant par des tribalistes et autres maffieux, la RCA est tombée dans un engrenage international ». Il souligne que « seules notre incrédulité et nos réactions primaires faites de haines et de vengeance permettront la réussite de ce projet funeste ».Orphée Douacle Ketteimplore les politiques à réagir: « Avant qu’il ne soit tard et pour le pays et pour l’humanité, je (re)demande solennellement aux différents leaders politiques et leurs partis (RDC, MLPC, KNK, ADP, PSD, FPP, etc.) de dénoncer ce plan par des actions vigoureuses. Les leaders d’opinion, les responsables de groupes de réflexion, des associations, … Chacun a un rôle à jouer ».

         En escale à Bangui le 28 février après sa visite au Nigeria, le Président F. Hollande a rendu un hommage à ses troupes, avant de rappeler que l’un des buts de l’Opération Sangaris  était « d’éviter à tout pris la partition du pays« . Une courte phrase qui réconforte les Centrafricains qui craignent le même sort du Sud Soudan. Malheureusement que cet optimiste est de courte durée puisque la violence a repris de plus belle à Bangui et les renforts promis par l’Union Européenne ne sont pas prêts.

         La R.C.A connaîtra-t-elle le sort soudanais ? Ou de l’Empire Britannique des Indes morcelé (Inde et Pakistan) en 1947? S’interroge-t-on. Le Nord centrafricain (riche en diamants et pétrole) est frontalier avec le Soudan et le Tchad supposés alliés de premières heures de la Séléka. La saison pluvieuse risque de couper la région de la capitale, une heureuse circonstance pour autogérée en référence aux déclarations du séparatiste Arda. Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS, en charge de l’Afrique juge que « certes, une minorité religieuse existe au Nord de la Centrafrique mais le problème centrafricain n’est absolument pas un problème religieux. C’est, de fait, un problème politique qui a malheureusement pris une tournure religieuse « . Et conclut que  » je ne crois pas du tout à une partition Nord/ Sud basée sur des motifs religieux. Poser la question en ces termes là n’est ni crédible, ni viable ».

         Continuerons-t-on à donner raison aux forces du mal? La mobilisation pour la paix est le frein à ce dessein séparatiste.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s