CENTRAFRIQUE – TCHAD : LE DESAMOUR.

Depuis l’éclatement de la crise en décembre 2012, la fracture est béante entre centrafricains et ressortissants tchadiens sur fond de violence.

Drapeaux Centrafricains et Tchadiens

Drapeaux Centrafricains et Tchadiens.

Depuis la prise du pouvoir par l’ex rébellion Séléka en mars 2013, les centrafricains sont victimes d’une violence. Les ex rebelles à majorité musulmane se livrent aux tueries, pillages, vols et lynchages sur la population chrétienne (85%). Devant l’immobilisme du Tchad et le comportement complice de sa troupe intégrée dans la FOMAC (actuelle MISCA), les centrafricains accusent Deby d’orchestrer le chaos. « Le Tchad est le maître de la Séléka, et la Séléka est son chien d’attaque« , lance un membre des milices d’autodéfense anti-Balaka. « Nous sommes profondément choqués par une campagne de dénigrement et de mensonge systématiques contre notre pays, l’accusant de soutenir la Séléka. Je défie quiconque de fournir à l’opinion internationale la preuve de ces allégations » martèle le Président tchadien, Idriss Deby Itno dans son message de nouvel an à la Nation.

Alors que le 22 décembre 2013, la population chrétienne manifestait devant l’aéroport de Bangui pour réclamer le départ des troupes tchadiennes, des soldats tchadiens sont intervenus et ont ouvert le feu, faisant un mort. Le lendemain, le contingent tchadien visiblement très agité, attaquaient des soldats burundais de la MISCA qui tentaient de désarmer six ex-Séléka. Pas de blessés à déplorer, mais les Tchadiens sont partis avec les rebelles en tirant dans tous les sens.

Depuis le déploiement de l’Opération Sangaris le 5 mars à Bangui, la violence a changé de camp. La milice anti-Balaka mène la chasse aux ressortissants tchadiens. Un esprit revanchard anime désormais le peuple après la barbarie de la Séléka. Accusés de collusion avec les rebelles auteurs de pillages et crimes crapuleux en Centrafrique, les ressortissants tchadiens (musulmans) quittent la Centrafrique, constate R.F.I. Après Bangui, ce sont les villes de l’intérieur qui sont touchées, note Libération. «  Partout où la Séléka se retire, les anti-Balaka étendent très vite leur zone de contrôle« , souligne Thierry Vircoulon, du Centre de Réflexion International Crisis Group. Au vu de la dégradation de la situation, le Tchad décide pour la première fois, d’affréter avions et camions pour évacuer de Centrafrique ses ressortissants.

         Mercredi 20 février, Kalzeubé Payimi Deubet, Premier ministre tchadien a déclaré sur Xinhua que  son pays a achevé le rapatriement de ses ressortissants en Centrafrique : »Aujourd’hui, je puis dire que 99% de nos ressortissants à Bangui [capitale de la République Centrafricaine, NDLR] qui le souhaitaient sont rapatriés« .

Le contingent militaire tchadien complice de la Séléka ?

Tous centrafricains s’accordent à reconnaître l’aide du Tchad à la Séléka. A commencer par le Président déchu F. Bozizé. « Le samedi 23 (mars) nous avons anéanti les forces de la Séléka mais cependant dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 nous pourrions affirmer qu’il a eu un soutien d’un pays africain, je crois bien inévitablement le Tchad« , avait-il affirmé sur BBC le 03 avril 2013Le chercheur et spécialiste de la Centrafrique Roland Marchal souligne : « la Séléka qui signifie alliance en langue Sango est formée de quatre groupes armés, dont trois étaient connus, le quatrième ayant été créé pour la circonstance, à partir du Tchad. Si la Séléka exprimait initialement des revendications, son existence sociale reflète davantage un mouvement régional qu’un mouvement centrafricain….. Si les gens ont voulu se débarrasser de Bozizé, ils ont très vite eu tendance à voir derrière cette rébellion la main de l’étranger« . Un ancien ministre centrafricain avance une autre explication: « Les Tchadiens ont bloqué l’offensive rebelle tant qu’ils ne maîtrisaient pas la Séléka. Leur homme de confiance chez les rebelles, c’était Noureddine Adam, qui était basé à N’Djamena. Depuis mars 2013, cet officier est le numéro deux de la Séléka. Sans doute ont-ils obtenu des garanties. «  Si au début, le pouvoir tchadien réfute la thèse de son soutien à l’ex rébellion, il reconnait toutefois que la Séléka s’est comportée en véritable criminel et note la connivence avec les soldats tchadiens de la FOMAC. « Il y a certains mercenaires tchadiens dans les rangs de la Séléka« , admettait le Ministre des Affaires Etrangères Moussa Faki Mahamat en octobre. Depuis, une quinzaine d’entre eux ont été arrêtés et rapatriés au Tchad. « Certains mercenaires sont d’anciens officiers tchadiens démobilisés. Ils ont retrouvé des frères d’armes dans le contingent tchadien« , confie un membre de l’état-major de l’ex-Fomac. « Idriss Déby ne nie pas qu’il y a eu collusion. C’est pourquoi, à la tête de son contingent, il a remplacé le colonel Djibril Oumar par l’un de ses neveux, le général Ousman Barh Itno« .

Que cherche Deby en Centrafrique ?

Pour beaucoup de Centrafricains, depuis qu’Idriss Deby est au pouvoir, le Tchad veut « superviser » la Centrafrique. Car il lui faut un allié au sud. Le Tchad est vaste, la capitale N’Djamena est excentrée à l’ouest. Depuis 13 ans le Tchad est un producteur de pétrole. Or, les puits sont au sud, près de la frontière avec la Centrafrique. Idriss Deby souhaite donc une région stable. Il craint que ce pays sert de base arrière à ses opposants armés. L’attitude du Tchad et de ses soldats en Centrafrique relève d’un interventionnisme systématique. Une façon pour lui de protéger son pouvoir et de sécuriser les champs de pétrole tchadiens proches de la frontière avec la Centrafrique, note plusieurs chercheurs. Pour l’opposant tchadien Ngarlejy Yorongar, N’Djamena a ainsi depuis les années 2000, fait et défait les chefs d’Etat centrafricains. « C’est l’armée tchadienne qui a fait le coup d’état militaire en RCA. Idriss Deby a exfiltré François Bozizé de Bangui lors de sa tentative de coup d’état.… « Pourquoi ? Premièrement, ldriss Deby reproche à Ange Patassé de vouloir exploiter la même nappe de pétrole qui se trouve à cheval entre les deux pays. On se souvient que le premier puits de pétrole tchadien a été foré par erreur sur le territoire centrafricain en 1974. On a vite fait de boucher le forage pour revenir dans la région de Doba plus précisément à Miandoum. Deuxièmement, il lui reproche d’avoir hébergé des opposants comme Dr Nahor qui s’était illustré par la prise d’otages dans la région de Sarh en 1998 ou Dr Djembeté, etc. Troisièmement, il accuse également Ange Patassé d’avoir offert sa médiation entre ce dernier et moi-même lors du coup d’état militaro-électoral de 2001”, rapporte Ngarlejy Yorongar dans une interview accordée à AFRIQUE EDUCATION n°147-148 du 1 au 31 janvier 2004. C’est encore le même Tchad qui est pointé du doigt par son ancien allié F. Bozizé. Il lui reproche son soutien à la Séléka lors de son renversement, mais le gouvernement tchadien a démenti dans un communiqué, jeudi 4 avril 2013, « les accusations graves«  du président déchu. « La présence en Centrafrique de très nombreux de ses ressortissants explique aussi que le Tchad n’a aucune intention de se laisser marginaliser. Ils sont 35.000 (entre 7.000 et 15.000 à Bangui) à vivre dans le pays, sans compter ceux qui sont originaires du Tchad. Ensuite, déjà menacé de toutes parts le long de ses frontières, à cause de la déstabilisation au Cameroun, au Nigeria, au Niger et en Libye, Idriss Deby ne peut se permettre de laisser s’installer le chaos au sud« , souligne Le Nouvel Observateur.

La France accusée de favoritisme :

La démission du Président de la Transition Michel Djotodja et de son Premier Ministre Nicolas Tchiangaye, n’a pas mis fin aux violences. Dans ce conflit qui frise une crise confessionnelle, les forces françaises de la Sangaris chargées de désarmer les anciens rebelles Séléka et les milices d’auto-défense sont prises à partie. Dans cette tache combien sensible, elles sont accusées de favoriser les chrétiens. «  Sangaris, quand on se fait attaquer, ils disent tant pis, ils aident les anti-balaka et les pillards. Ils sont allés fouiller la maison d’un de mes neveux. Les Français n’ont rien trouvé, après ils sont partis et les badauds l’ont tué. Le président Hollande amène le génocide en RCA « , estime ainsi Moussa Hassaba Rassoul dans Le Monde. Le commandement de Sangaris dément et hausse le ton : « Ceux qui se disent anti-Balaka sont devenus les principaux ennemis de la paix en Centrafrique, ce sont eux qui stigmatisent les communautés« , a relevé le général Francisco Soriano.

         Centrafricains et Tchadiens ont-ils rompu leur relation ancestrale ? L’optimisme demeure. Réunis par le Premier Ministre Nzapayéké le 7 mars, Séléka et anti-Balaka sont prêts à faire la paix. « Tous les jours, on continue de vivre des scènes de violences. Mais nous n’allons pas rester éternellement dans cette situation. Il est temps que tout cela s’arrête pour que nous puissions reconstruire notre pays« , a affirmé l’actuel ministre des Travaux publics Herbert Gontran Djono Ahaba de la Séléka, frère du Président démissionnaire Michel Djotodia. Du côté des anti-Balaka, Joachim Kokaté a estimé : « Nous sommes prêts à œuvrer pour que la paix revienne dans notre pays. Que les machettes ne soient plus utilisées par les anti-Balaka pour tuer les musulmans, et que les musulmans n’utilisent pas les armes pour tirer sur leurs compatriotes« . A cette volonté des deux groupes de faire la paix, Monseigneur Nzapalainga, Archevêque de Bangui, et Omar Kobine Layama, président de la Communauté Islamique de Centrafrique, sensibilisent les cœurs à l’amour du prochain. La commission des Nations Unies qui enquête depuis mardi en Centrafrique sur les violations des Droits de l’Hommes fera la vérité sur ces massacres et le peuple espère que leurs auteurs mériteront un châtiment à la hauteur de leurs actes.

 

Fleury AGOU/Etudiant/Master Journalisme/Tous Médias.

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Une réflexion sur “CENTRAFRIQUE – TCHAD : LE DESAMOUR.

  1. Dans tout ce bric à broc pour chercher qui sera le major de sa promotion en terme d’interventions par ci, par là en Afrique Centrale, il serait mieux et bien que les faiseurs de pluie se mettent à s’occuper chacun de leurs propres problèmes dans leurs pays, que de vouloir aller déstabiliser les pays voisins.
    A force de vouloir se faire voir comme  » m’as tu vu ? « , cela reviendra à atteindre un seuil d’incompétence, dans le sens où l’on transfert ses propres inquiétudes à gérer et régler les vrais problèmes de ses concitoyens dans son pays et penser que l’hégémonie militaire suffira à avoir un pays annexé. A force de jouer au pyromane-pompier-gendarme d’intervention rapide, cela risque de déstabiliser un ensemble de région.

    Alors à un moment il va falloir arrêter ce jeu dangereux.

    Avez-vous vu le début de Mike Tyson en boxe ? Le match de boxe avec Mike Tyson ne peut excéder une minute chrono, pour éviter de recevoir les coups de poings de l’adversaire. A partir du moment que les adversaires de Mike Tyson, ont étudié sa technique de rapidité, ils ont cassé son tempo qu’il imposait et faisaient durer le chrono round en plusieurs rounds, afin de lui permettre de prendre tout de même des coups et savoir ce que c’est de prendre un coup de poing au visage et à la tête. Et c’est ainsi de défaite en défaite Mike Tyson s’est éloigné du ring.

    Mais nous centrafricains, nous sommes un Peuple Bantou avant tout, parce que nous avons un mode de vie qui nous ressemble pour notre quiétude et notre vie. Alors nous sommes un Peuple de PAIX. Vous déstabilisateurs, vous êtes priés d’aller chercher un autre terrain ailleurs, car à un moment donné ce sens de pacification et d’hospitalité vont se mettre en arrière plan pour que les Bamara dans leurs tanières et leurs savanes sortent leurs griffes pour signifier qu’ils ont aussi un esprit guerrier en sommeil.

    Mais avant tout SIRIRI (PAIX) pour le Peuple Bantou Centrafricain et les autres pays voisins autour de la République Centrafricaine.

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